Compte rendu du Festival des Granges 2008


Il s'ouvre avec un temps ensoleillé et tout le monde a le sourire. Lorsque nous arrivons jeudi, le chapiteau est installé, les travaux d'aménagement de cette année ont rendu l'espace d'accueil encore plus beau, pratique et convivial : un jardin à la campagne, pelouse ombragée et allées claires. La pierre et la terre blanches de ce coin de Meuse rendent tout plus lumineux ici qu'ailleurs, sol et murs. Comme la grange à concert de la première soirée, avec sa petite scène aux couleurs chaudes : concerts intimes, soirée blues.


Jules « le songwriter à la française » est venu avec son guitariste Laurent, son grand sourire, ses chansons et son humour ; et l'ambiance est tout de suite lancée, le public enthousiaste, « comme tout le monde », comme dit Jules en chantant ! Il nous replonge dans « les années douces » avec plus de clins d'oeil que de nostalgie, et nous fait participer en choeur, battement de mains et chorégraphie au futur « tube de l'année 2009 » : « A New York un Picon-bière, c'est bon, mais c'est cher ! A Paris un bière-Picon, c'est cher, mais c'est bon ! ». Il a un petit quelque chose de Bénabar, la bonne humeur communicative et un chaleureux contact avec le public, qui rit de bon coeur. Et puis tout de go, il passe à une histoire plus grave, celle d'un Roméo épris en secret, d'une passion qu'il ne peut pas dire, triste car il est... gay. Avec « Il était mon ami », ce sont deux chansons superbes, pleines de sensibilité. Deux bambins au premier rang ne le quittent pas des yeux ; la grange est archi pleine, le public de tout âge est conquis.

Charlie Fabert prévient dès son entrée, « ce sera très différent »: du blues, il chante mais surtout joue de la guitare, de ses longs doigts fins, admirablement. Après quelques morceaux, il est rejoint par Kate Cassidy, chanteuse écossaise au timbre de voix et à l'expressivité étonnants. Le blues d’une longue dame blonde à la voix grave, qui ondule en chantant l'amour et le spleen. La salle apprécie et participe de la voix, des mains et des pieds. L'espace devant la scène se remplit, on s'asseoit par terre pour être au plus près et vibrer en rythme. L'ambiance est chaude, elle sera galvanisée par Marc André Leger. Ce Canadien qui vit en Europe est un musicien exceptionnel. Guitariste virtuose, s'accompagnant au dobro, il vit le blues et le gospel intensément, et le partage de tout son talent de communication, par ce qu'il dégage, sa générosité, son humour, et son magnétisme. Les premiers rangs font les percussions en battant des mains, de temps en temps il s'interrompt sans trouble et leur donne le tempo avec un beau clin d'oeil. Le moment est magique, le public est passionné, animé et en redemande ; Marc André Leger apprécie et continue. Il finira en menant un bel ensemble avec Laurent, Charlie et Kate pour quelques morceaux improvisés de bon et beau blues. A la fin le public est debout et l'acclame, lui et toute la soirée, le succès est mérité !

Vendredi se lève gris, le temps est à la pluie : un peu, beaucoup, plus ou moins selon le moment du jour, on aura eu toutes les variétés d'ondées, averses et « rabasses », comme disent les copines de Besançon. Et le soir, ça continue : des cordes ! Pour un festival de guitare, vous me direz... Heureusement, le chapiteau offre un bon abri pour la scène et le public, même si le sol est mouillé et même si les organisateurs sont un peu inquiets à l'approche de la soirée. Finalement un demi-miracle s'opère, pas du côté du ciel en larmes, décidément inconsolable, mais du côté du public venu nombreux sans se laisser décourager par le temps. Il ne seront pas déçus !

Cyril Achard démarre avec brio cette soirée-guitare, par un jeu soigné de jazz et bossa en solo : il interprète des compositions personnelles très élaborées et revisite librement des thèmes comme « la Javanaise ». Un superbe guitariste dont le talent est unaniment reconnu. Mon voisin, amateur de jazz, est ravi. Kamilya Jubran suit. Elle chante des textes de poètes contemporains, palestiniens, libanais ou syriens et s'accompagne au oud : l'instrument est grave et poignant, le moment aussi. La voix de Kamilya Jubran est sublime, cristalline et pleine de nuances, vibrante et tout en émotion : le public est attentif, de plus en plus, puis captivé. La chanteuse donne la traduction de quelques textes, on y entend les larmes et la souffrance des peuples en guerre, en des mélodies et mélopées magnifiques, très émouvantes. Elle est justement et chaleureusement applaudie par le public, respectueux, touché. L'ambiance de la soirée change de ton, pour le flamenco de Serge Lopez, en duo avec Jacky Grandjean : une guitare, une basse, du chant, des claquements de mains, un énorme talent... ils sont excellents et semblent à l’évidence prendre beaucoup de plaisir sur scène ! La complicité entre la basse et la guitare paraît naturelle, la musique coule, comme coule la pluie ce soir là, mais il s’agit bien là d’une pluie apaisante, envoûtante, qui lave tout le superflu pour ne garder que l’essentiel : l’immense émotion dégagée par ce formidable duo. Le succès est énorme, on a du mal à les laisser partir... Mais la soirée n'est pas finie, elle se continue avec le groupe « les Doigts de l'Homme » : du jazz manouche à la chanson festive, un zeste de rock et world, ces virtuoses nous emportent dans leur univers de rythme et d'humour avec une belle complicité de groupe, c'est un spectacle à voir et à écouter, on se régale ! On rit et on s'enthousiasme pour la musique et pour les paroles avec des chansons bien senties, comme « la place du mort », qui me fait penser à Brassens, ou ce morceau de jazz, « camping sauvage à Auschwitz », hommage à la population tzigane déportée. La salle bat des mains et des pieds, ça swingue, on acclame, on adore ! Quelle chaleur ! La nuit est bien avancée, on a oublié la pluie. D'ailleurs il ne pleut plus, ou presque, et les belles émotions et l'énergie de la soirée ont si bien chauffé le chapiteau que la vapeur d'eau nimbe d'un joli halo de brume les festivaliers qui repartent...

Samedi le temps est plus sec, et au fil des heures le soleil arrive : nous avions des émissaires pour nous l'envoyer, merci aux amis de loin qui pensent à nous ! On ne sait jamais, ça peut jouer ! La soirée s'annonce pleine d'énergie et de talent, pour terminer en beauté ce festival. En première partie nous retrouvons Charlie Fabert et son band, pour du blues très électrique, guitare, basse et batterie ; Kate Cassidy les rejoint au chant pour quelques morceaux choisis. Changement d'univers avec Up ya boya et sa musique irlandaise : reels et jigs enjoués et entraînants, ou balades aux arrangements subtils, les instruments et voix se répondent ; celle de la chanteuse, Bénédicte, est magnifique. On est sous le charme, et le chapiteau prend des allures de pub joyeux. Il ne manque plus que le parquet pour danser ! Et des notions de pas irlandais, mais ceci est une autre affaire... Autre chanteuse, toute autre voix, mais autant de charme et un talent éclatant, la jeune Marjan Debaene et ses chansons pop-rock. Elle est bien entourée à la guitare électrique, basse et batterie, et laisse jaillir son énergie et sa joie de vivre communicatives. Après une tournée européenne, venue de Flandre, elle est heureuse de jouer au Festival des Granges, et le public ravi de la découvrir : un nom à retenir, et à suivre...

Pour finir, place au groupe très attendu, The Christians ! Après leur succès mondial en 1988-1990 puis leur séparation, ils jouent ensemble à nouveau sur la scène du Festival des Granges, pour un vrai bonheur de concert. Leur son pop soul funk est superbe, l'harmonie des voix et des mélodies remarquable, que ce soit dans leurs morceaux ou des reprises, des Beatles par exemple (« Here comes the sun »). En plus ils sont beaux, pleins de charme et d'humour ! C'est un concert magnifique, autant pour ceux qui les retrouvent que pour ceux qui les découvrent : un grand moment ! On le prolonge, on les rappelle, ils reviennent encore et encore... Mais tout a une fin, même les plus beaux moments, même un festival qu'on adore... C'est déjà fini ? Encore une fois, ça a passé à toute vitesse. Mais je repars la tête pleine de musique et de belles découvertes. Et d'amitié aussi, d'échanges chaleureux... Et Pascal et Fanny l'ont promis, la grange ne va pas s'endormir pour toute une année : on prévoit d'y fêter la Saint Patrick. Alors, rendez-vous à Laimont au printemps en attendant l’édition 2009 fin Août !


 [2008-09-01] Source : Site Officiel  Paul]

 

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